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Portait : L’Histoire à travers l’objectif du photojournaliste Jean-Claude Coutausse

Article mis à jour le 25 mars 2024 à 15:15

Pour la semaine de la presse et des médias, Jean-Claude Coutausse était de passage à Perpignan. Photojournaliste depuis maintenant 40 ans, le sexagénaire a presque tout vu. Rencontre avec ce photoreporter au destin atypique. Photos © Nicolas Vaillant et Alix Wilkie

En cet après-midi du 21 mars, un petit groupe d’étudiants patiente devant le Centre international du photojournalisme de Perpignan. Quiconque laisse traîner une oreille près d’eux, comprendra qu’ils suivent une formation de photojournalisme à l’Université de Perpignan. Leur présence ici, n’est donc pas un hasard. Au programme aujourd’hui, l’intervention de Jean-Claude Coutausse, photojournaliste de renom, habitué du festival Visa pour l’image.

De la Province à Paris, ses débuts en photojournalisme

À 63 ans, l’homme se tenant face à nous en paraîtrait dix ans de moins. Dans un style décontracté, il salue poliment l’assemblée venue écouter son récit. Pour les non-avertis, rien ne laisse à penser que Jean-Claude Coutausse a photographié l’Histoire. De la chute du mur de Berlin, au Chili, en passant par les casques bleus en Israël, il pousse ses limites à chacune de ses missions. Sans même le bac en poche, ce joueur de rugby quittera son village en Nouvelle-Aquitaine pour Paris.

« Dans les années 70 y’avait rien de plus sexy que le métier de photographe. J’idéalisais ces personnes se baladant avec trois boîtiers autour du cou. C’était mon rêve. », se remémore le photojournaliste. À 16 ans, il s’inscrit à un CAP de Photographie. Loin d’aspirer à de grandes études, Jean-Claude Coutausse raconte : « La seule fois où je suis entré dans une université, c’était à Prague pendant la Révolution de Velours. Je photographiais les étudiants. »

S’il commence par le service cinéma des armées puis l’AFP, c’est auprès de Louis Mesplé, chef du service photo de Libération dans les années 80, qu’il gagnera sa liberté. Jeune et ambitieux, il s’amuse à capturer des instants souvent en décalé et parfois même avec un ton d’humour.

Au fil des années, Jean-Claude Coutausse multiplie les piges pour différents médias. Géo Magazine, L’Express, Télérama ou encore Le Monde, il restera sous la direction de ce journal pendant 18 ans. « Si je n’ai pas un grand journal derrière moi pour faire mes photos, je suis limité et ça devient compliqué », nous confie le photojournaliste. Il reconnaît que le monde des médias a bien changé, n’offrant pas les mêmes possibilités qu’avant.

Jean-Claude Coutausse immortalise l’Histoire

Dans la pénombre de la salle de conférences, Jean-Claude Coutausse fait glisser les « slides » de sa présentation. Portraits, reportages et Histoire, s’entremêlent sur fond d’anecdotes incroyables livrées par le photojournaliste. C’est alors qu’il s’arrête net sur une figure emblématique du Chili. « Ah, voilà Pinochet », glisse-t-il tout naturellement. Amusé, il raconte comment il a couvert le référendum chilien de 1988. « Naïvement, je me suis approché un peu trop près de [Pinochet]. Mais avant de me prendre un coup, j’ai eu le temps de prendre cette photo », nous confie Jean-Claude Coutausse. Il avouera par la suite que sa carrure de rugbyman lui a bien servi.

Difficile d’imaginer tout ce que cet homme a pu vivre. Père et grand-père, Jean-Claude Coutausse gagne à coup sûr les concours d’anecdotes aux repas de famille. Et pourtant avec humilité, il poursuit sa présentation revenant sur ses reportages à Sarajevo, en Afghanistan ou pendant la guerre du Golfe. Par moments, son regard divague. Il est comme perdu dans ses pensées. Replonge-t-il dans cette journée brumeuse lors de la chute de la fédération yougoslave en Croatie ? Se remémore-t-il cette femme, danseuse, qui ne le sera plus jamais suite au séisme d’Haïti ? Si Jean-Claude Coutausse photographie le « beau », il voit également passer les horreurs dont est capable la nature humaine. « J’ai vu à trois reprises la mort derrière mon objectif », se confie-t-il. Le métier de photojournaliste peut, en effet, marquer à vie.

« Les politiques sont des personnages de tragédie »

Avec un attrait pour le mystique, Jean-Claude Coutausse a photographié les religions en tout genre. Des croyances vaudoues à sa conception des images saintes du XXIe siècle, il découvre les secrets d’Haïti et marche de longues heures dans les rues d’Israël. Après ses virées à l’international, « l’anthropologue visuel » raccroche le milieu politique français. « Finalement, c’était la même chose. », avoue-t-il. « J’ai découvert beaucoup de similitudes entre mes reportages religieux et les meetings politiques. Dans ces deux milieux, les gens cherchent à se soigner. »

Le virage est pris. Passionné par les campagnes présidentielles, le photographe intègre le journal Le Monde. Il reçoit carte blanche pour couvrir la campagne de François Hollande en 2011. Il accepte, à condition d’illustrer de temps à autre l’avancée des autres candidats. Au plus près des politiques, fondu dans le décor, à l’intérieur de l’Histoire, il a le privilège de suivre de près « un personnage en train de jouer son existence ».

« Ce sont des personnes qui sont convaincues d’avoir un destin. Je pense à Francois Bayrou ou Ségolène Royal. Comme dans les grandes tragédies, ils pensent avoir un destin, mais vont en fait vers leur perte. Et cela vaut même pour les présidents de la République. Il y a bien un moment où ils ne le sont plus. Ils n’ont alors plus rien. », dit-il fasciné.

Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, Rachida Dati ou encore Gérald Darmanin, tous sont passés dans son viseur affûté. Il y a deux ans, son exposition à Perpignan dans le cadre de Visa pour l’image marque la fin de son travail politique des années passées. « J’ai quasiment tout vu et tout vécu. Aujourd’hui, j’ai oublié une seule chose : ne rien faire », s’amuse le sexagénaire. Toute sa carrière, Jean-Claude Coutausse a tenté de photographier juste. Mais peut-on réellement arrêter la photographie avec tout ce vécu ?

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Alix Wilkie