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J’ai couru le Marathon Pour Tous : ce qu’il faut savoir !

Par Simon CHRETIEN , le 28 mars 2024 , mis à jour le 28 mars 2024 - 14 minutes de lecture

Avec le Marathon pour Tous, le samedi 10 août 2024 à 21h, 20 024 coureurs amateurs auront la chance de s’élancer sur le parcours du marathon des Jeux Olympiques. Un peu après les hommes et un peu avant les femmes qui se batailleront pour la médaille d’or, ces milliers de coureurs participeront à la première épreuve ouverte au grand public durant les JO. Pour voir à quoi ressemblait concrètement ce parcours, nous nous sommes élancés sur ces 42.195km.

C’est une grande première dans l’histoire des Jeux Olympiques. L’épreuve du Marathon sera ouverte au grand public. Si un grande partie des 20 0024 dossards en jeu (uniquement par tirage au sort) ont été distribués, il restera quelques places à aller chercher pour espérer faire partie de ces chanceux. Ces derniers s’élanceront de nuit, à 21h, le samedi 10 août, sur la parcours olympique de l’épreuve reine de l’athlétisme.

Nous avons souhaité reconnaître et tester ce parcours car il est loin d’être anodin. Son profil est particulièrement relevé. Jugez plutôt : 450 mètres de dénivelé positif (même si à ma montre, je ne comptais qu’un peu plus de 300mD+). Il s’annonce particulièrement coriace. Pour les amateurs comme les athlètes élites qui concourront le samedi 10 août à 8h pour les hommes et le dimanche 11 août à 8h pour les femmes, le tracé sera exigeant et pourrait réserver quelques surprises.

Symboliquement, le parcours est fort, puisque les organisateurs ont souhaité s’imprégner de la Marche des Femmes qui eu lieu le 6 octobre 1789 dans le cadre de la Révolution Française, qui avait vu des milliers de femmes marcher depuis Paris jusqu’à Versailles, afin de réclamer des comptes au Roi et à la Reine.

Cinq mois avant le grand jour, nous avons voulu voir par nous-mêmes à quoi s’attendre avec ce parcours inédit. Baskets aux pieds, sac sur le dos et avec une bonne dose de motivation, nous nous sommes élancés sur la trace olympique. On vous raconte.

Je tiens à remercier Nicolas à qui j’ai emprunté le fichier GPX. Ce coureur chevronné avait déjà réalisé la même expérience en août 2023 (à retrouver sur le blog de Cécile Bertin)

Marathon pour tous : Premier quart de course (km0 au km12)

Le départ est prévu devant l’Hôtel de Ville de Paris et offre un cadre majestueux.

Le départ est prévu à 10h ce jeudi 14 mars. Par chance, il fait grand beau, voire chaud. Je me dis, qu’à quelques degrés près, ce sont sans doute les conditions que retrouveront les coureurs engagés sur le marathon pour tous, qui se courra à la tombée de la nuit le samedi 10 août.

Le rendez-vous se fait sur le parvis de l’Hôtel de Ville, déjà habillé aux couleurs des Jeux Olympiques. La photo est belle, et elle sera belle le jour J. Top départ. Je laisse le magnifique bâtiment derrière moi pour m’engager sur la rue de Rivoli. Sur ma droite, la Tour Saint-Jacques, assimilée au quartier du Chatelet. Nous sommes au cœur historique de Paris, pas de doute, c’est beau. Rapidement, je tourne sur ma droite pour m’engager sur la rue du Louvre, pour passer derrière les Halles. Il est temps de retrouver la rue de Réaumur qui m’entraînera au pied de l’Opéra Garnier, que j’enlace, dans le sens inverse par rapport au marathon de Paris. Je n’en suis qu’au km 4. Je dois slalomer entre les voitures de livraisons, les cyclistes et les badauds, mais à part ça, tout roule. C’est plat !

La beauté de Paris


S’annonce alors la célèbre rue de la Paix qui me fera traverser la très chic place Vendôme pour atterrir de nouveau sur la rue de Rivoli. Je bifurque sur ma droite et rentre de plain-pied dans le Louvre. Là encore, les habitués du semi ou du marathon de Paris ne seront pas étonnés. La foulée s’étire sur un pavé régulier, rien de très cassant. Les coureurs s’engageront encore une fois sur la place du Carroussel pour admirer le château médiéval devenu musée, et sa pyramide en verre sur leur gauche et le jardin des Tuileries sur leur droite. La fin du cinquième kilomètre marque le début du cheminement sur les quais de Seine, que je ne quitterai plus jusqu’au 12ème.

  • Les dix à douze premiers kilomètres du marathon sont tout simplement grandioses. Si le tracé est un peu différent de celui du marathon de Paris printanier, il offre cependant le même condensé de beauté patrimoniale et architecturale dont recèle la ville Lumière. Aucune difficulté n’est à répertorier. Je ne sais pas si les coureurs emprunteront les tunnels (de mon côté, je me suis contenté des quais piétonniers ou des trottoirs). Si c’est le cas, ils pourront alors avoir à faire à quelques « mini » bosses, lesquelles passeront comme une lettre à la poste à ce moment de la course. Étant donné qu’il ne fera pas encore tout à fait nuit, nul doute que les coureurs ouvriront grand leurs yeux pour profiter du décor.

Deuxième quart de course : à l’assaut de Versailles (km12 à km21)

Tout est lié. Pour quitter tranquillement Paris et ses quais, le parcours nous fait emprunter… l’avenue de Versailles. Nous sommes dans le 16ème arrondissement et je viens de passer devant la magnifique Maison de la Radio. Ce douzième kilomètre s’engage en léger faux-plat montant. Mais là encore, rien de rédhibitoire. Cette longue ligne droite m’amène jusqu’à la porte de Saint-Cloud. J’y aperçois le domaine du même nom et le musée de la Céramique qui s’y cache. Je passe au-dessus du periph’ pour rentrer dans Boulogne-Billancourt. Je traverse littéralement la ville en ligne droite durant près de 3 km en empruntant deux boulevards clairement dévolus aux véhicules. C’est, il faut être honnête, la partie la plus hideuse du parcours, à mon avis. Ouf, je retrouve rapidement la Seine que je traverse en apercevant sur ma gauche l’île Séguin qui accueille la Seine Musicale et son bâtiment en forme de vaisseau.

Km 15 : les choses se compliquent

C’est à partir du km16 que la route s’élève.

Au km15, j’arrive dans la commune de Sèvres, et déjà, je respire un peu mieux. Très rapidement, après un kilomètre, la première difficulté se fait jour. Une première bosse surgit après un virage à 90°. La première partie de la pente est d’abord très raide et intègre une belle courbe, puis elle s’adoucit. Le tout court sur environ un kilomètre.

Après 500 à 600 mètres de replat, la déclinaison s’accentue de nouveau, pile au moment d’entrer dans la commune de Ville-d’Avray. J’imagine le pourcentage plutôt élevé, et ça ne s’arrête pas de suite. La côte se poursuit durant environ 800 mètres avant de retrouver une déclivité normale. Me voici désormais sur une longue départementale en ligne droite qui coupe en deux le bois de Fausse-Reposes. Je pense que le plus dur est passé, mais il n’en est rien. Après 2km de répit, me voici en bas d’une sacrée bosse. Ça grimpe sur un pourcentage d’environ 10% pendant 500 mètres avant de voir surgir le monument Pershing-Lafayette et ses deux statues qui se font face. Le mémorial est situé pile à la mi-course et marque l’entrée dans la ville de Versailles.

Pendant près de 6km, le parcours ne se fait qu’en montant.
  • Ce deuxième quart de marathon est peut-être le plus particulier à gérer. Sans doute est-ce lié au fait que je n’avais « que » 16 km dans les jambes, mais je n’ai pas trouvé cette partie si difficile. Certes, à partir du 15ème kilomètre et pendant environ 6km, le parcours ne fait que monter. Mais finalement, la pente se raidit véritablement sur quelques portions de 500 à 800 mètres, le reste du temps, cette partie montante se digère plutôt bien. Il faudra en revanche prévoir de ralentir de quelques secondes son allure pour ne pas le payer plus tard.

Marathon pour tous : troisième quart de course, la côte infernale !

Après avoir passé le semi, ça déroule en descente jusqu’à ce que la trace nous fasse arriver sur la place d’Armes postée devant le château de Versailles. J’en profite pour marquer une pause et admirer le joyau de Louis XIV. Pas sûr que les coureurs les plus rapides daignent prendre ce temps lors du marathon pour Tous. Mais, de nuit, on l’imagine harmonieusement éclairé et visible de loin. La vue s’annonce « royale » !

Km29 : la côte du Pavé des Gardes

Au loin, la côte du Pavé des Gardes à de quoi nous effrayer !

C’est donc au km23 que le parcours fait marche arrière. Il est temps de rentrer vers Paris. En toute logique, le retour commence par… l’avenue de Paris. J’emprunte de longues artères rectilignes en faux-plat descendants pendant au moins 5 km. Tout se passe en ville, mais c’est le calme plat. Je suis déjà de retour à Viroflay où j’aborde le 29ème kilomètre. Attention, la principale difficulté du jour se présente face à moi. Nous sommes aux confins de Viroflay, Chaville et Sèvre. Au loin, je vois cette longue route départementale s’élever en bordure de la forêt domaniale de Meudon. Je devine une courbe au loin, qui ne me permet pas de savoir quand la côte prend fin.

A partir du 29ème, se profile la plus grande difficulté du parcours : la côte du Pavé des Gardes.

Mentalement, j’imagine que certains coureurs, à ce moment de l’épreuve, risquent d’en prendre un coup. C’est parti donc pour « escalader » la route du Pavé des Gardes. Au menu : une pente d’environ 700 mètres à un pourcentage moyen de 9%. Sur ma droite, la forêt de Meudon qui me fait de l’œil. Ne serait-on pas mieux sur ces petits sentiers que le long de cette départementale bien grise. Je me reconcentre, j’hésite même à marcher juste avant la courbe. Puis, je vois finalement la fin de la bosse, je décide donc d’accélérer. J’aurais bien assez de temps ensuite pour récupérer de cet effort.

  • Cette troisième portion est sans doute visuellement la moins sympa. Après avoir quitté le château de Versailles, le parcours se faufile le long de longues avenues où franchement, il n’y a rien de bien agréable à regarder. De nuit, et sans circulation, l’ambiance devrait être tout autre. Ce que je retiens : entre le km24 et le km29, ça file à vive allure sur un long faux-plat descendant. Il faudra en profiter pour souffler, se ravitailler, voire grappiller quelques secondes sur son allure, avant d’attaquer le principal morceau de ce marathon : la côte du Pavé des Gardes. Ce n’est finalement pas grand-chose : 700 mètres seulement, mais c’est vrai qu’avec une moyenne à 9%, c’est intense. Et beaucoup pourraient y laisser des plumes. Il sera essentiel de ne pas jeter toutes ses forces dans cette montée, même si la suite s’annonce moins dure.

Quatrième quart de course : direction les Invalides

Après la côte infernale, une longue descente d’environ 3 bornes est au programme.

Nous y voilà sur cette fin de course. Au compteur, il reste tout juste 12 km. Juste après la côte du Pavé des Gardes, une grande descente m’attend. Ça tire sur les quadri et ça tape au fond de la chaussure. Ce n’est pas vraiment une partie de plaisir, car la pente est raide. Gare aux chutes. Je serai curieux de voir comment les athlètes élites appréhenderont cette partie qui s’étale tout de même sur trois bons kilomètres. Le titre olympique pourrait se gagner (ou se perdre) dans cette portion.

Au km33, je finis par rejoindre la côte des Gardes, empruntée dans le sens inverse par les concurrents du Paris Versailles, avant de plonger littéralement sur les quais de Seine, que je retrouve au km34 tout juste ! Il reste 8 km au compteur, dont cinq kilomètres entièrement le long du fleuve. Ce ne sont pas les quais les plus accueillants. Et les habitués de l’EcoTrail Paris reconnaîtront la partie finale du 80km, que l’on aime maudire. Les jambes et la tête en ont pris un coup et je ne me régale pas franchement sur cette portion peu touristique. Mais la Tour Eiffel se profile. On s’approche de plus en plus près, jusqu’à finir à ses pieds.

Un dernier kilomètre compliqué à gérer

C’est ici qu’on rentre dans les rues de Paris. Il reste deux kilomètres. Je vois enfin le dôme des Invalides, mais la trace me demande de continuer ma route et de m’éloigner finalement du bâtiment. C’est un supplice. Il fallait bien chercher quelque part le kilomètre manquant du parcours. Finalement, après un petit détour, c’est par derrière que j’arrive sur la fameuse esplanade des Invalides. Fin du game !

  • Cette dernière partie est piégeuse, notamment entre le 30ème et le 33ème où la descente s’avère périlleuse et cassante. Ensuite, il faudra être fort mentalement pour rallier les Invalides. La portion des quais n’est pas la plus plaisante avant d’arriver sous la Tour Eiffel. Le dernier kilomètre pourrait être vécu comme cauchemardesque pour ceux qui n’en pourront plus. En tête de course, ces ultimes mètres s’annoncent nerveux, et pourraient être intéressants à suivre en cas d’arrivée groupée.

Parcours du Marathon pour Tous : qu’en penser ?

Je ne peux m’empêcher de penser qu’un parcours bien plus beau, et tout aussi inédit, aurait pu être imaginé. Hormis les cinq premiers kilomètres, l’arrivée sur Versailles et les deux derniers kilomètres, il n’y a pas grand-chose à retenir visuellement parlant. Même si ceux qui n’ont jamais couru à Paris se réjouiront d’une promenade sur les quais, les portions empruntant les quais de Seine sont trop nombreuses à mon goût. La traversée des villes entre Paris et Versailles et vice-versa n’ont rien de vraiment charmant, même si on imagine une ambiance de dingue au rendez-vous.

Le tracé se démarque essentiellement par son « relief » accidenté. On retiendra évidemment deux passages qu’il conviendra de bien appréhender : une première montée régulière entre le km16 et le km21 (émaillée de deux montées bien raides), puis un enchaînement fait d’une grosse montée puis d’une descente périlleuse entre le 29ème et le 33ème km.

Pour les amateurs du Marathon pour tous, le risque sera davantage de démoraliser que d’enjouer. Pour ceux qui batailleront pour le titre olympique, la course s’annonce très joueuse. Il pourrait y avoir de sacrées défaillances, des pétards mouillés et des espoirs déchus très rapidement.

Personnellement, j’ai couru ce marathon à une allure très tranquille, ce qui forcément, m’a permis de mieux digérer ces difficultés. Mais avec du recul, je me dis que je n’aurais jamais été capable de tenir mon allure marathon habituelle. Il faudra, sans aucun doute, prévoir 10 à 15 secondes au kilomètre de moins sur son allure.

La trace de ma découverte du Parcours du Marathon Olympique à retrouver ici.

PHOTOS : VINCENT LYKY – JOGGING INTERNATIONAL