Art contemporain

30 ANS - ARTISTES

30 artistes qui ont marqué la scène internationale

Par Itzhak Goldberg · Le Journal des Arts

Le 29 mars 2024 - 4360 mots

L’art contemporain connaît depuis 1994 une formidable accélération, nourrie par une création mondialisée qui revêt une extraordinaire diversité de formes.

Banksy, Le nettoyage de Lascaux (détail), 2008.
Banksy, Le nettoyage de Lascaux (détail), 2008.
© Banksy

Pour beaucoup d’historiens de l’art, chaque période étudiée finit par être considérée comme une période charnière. Ce topos contient une part de vérité surtout quand il s’agit des dernières décennies et de la transformation accélérée de notre mode de vie. Les artistes ne pouvaient rester imperméables à un monde nouveau qu’ils encouragent – rarement – ou qu’ils critiquent – le plus souvent. Car la mondialisation a fait que toute nouveauté parcourt immédiatement la planète. Ainsi, la critique d’art et le marché se sont entichés tour à tour de la création africaine, chinoise, indienne, russe. Une autre découverte : les artistes femmes existent et accèdent à une visibilité de plus en plus forte.

Cette avalanche qui a bouleversé l’ensemble de l’univers artistique était-elle la source de nouveaux mouvements ? En réalité, il s’agit toujours de coexistences de différentes tendances, plus ou moins contradictoires, de superpositions, voire d’allers-retours. Un exemple parmi d’autres : depuis un certain temps, on parle du retour à la peinture. Mais la peinture n’a jamais été absente. La trinité allemande – Gerhard Richter, Georg Baselitz, Anselm Kiefer – ou le Britannique David Hockney, ont été exposés maintes fois, y compris en France.

Plutôt que de ruptures, il convient de parler de ramifications. Ainsi, l’histoire de l’art n’a jamais oublié l’histoire. Toutefois, ce rapport a pris une direction nettement plus critique. Le post-colonialisme, le racisme, l’écroulement de l’empire soviétique, trouvent leur place en peinture avec Marlene Dumas, en dessin chez William Kentridge, ou dans des installations avec Barthélémy Toguo ou Kader Attia. Les artistes deviennent des témoins privilégiés, faisant souvent appel aux archives et se permettant même le luxe de remettre en question des documents (Christian Boltanski).

On observe un phénomène similaire avec la nouvelle représentation de la nature. Celle-ci reflète les craintes des artistes face aux dangers de la planète. Cette thématique, lorsqu’elle est traitée de manière trop littérale, peut conduire à des œuvres « pédagogiques » qui manquent de force plastique et expressive. Il faut des formes tranchantes, comme celles d’Ólafur Elíasson, pour toucher la sensibilité du public.

Les travaux qui prolongent le pop art sont plus ambigus. Le cas exemplaire est celui de Jeff Koons, cette version contemporaine d’Andy Warhol, le kitsch en plus. Comme lui, de nombreux créateurs ont recours au pop art revisité, au goût parfois légèrement relevé grâce à une injection d’une dose de surréalisme.

La photographie, qui a fait son entrée triomphale dans le champ plastique dans les années 1960, joue de plus en plus le rôle de matrice pour la peinture. Les artistes utilisent les clichés en tentant de les brouiller. Ils n’en gardent qu’un pâle souvenir, un fantôme, une manière d’accentuer la fragilité de l’image ou d’exprimer leur méfiance dans cette technique qui se prétend objective. Cette subjectivité peut également expliquer l’importance prise par le dessin, cette trace directe du geste de la main.

La porosité et l’hybridation, ces termes ont été souvent employés pour définir la post-modernité – cette appellation galvaudée et vague. De nos jours, ces caractéristiques désignent également les rapports entre différents domaines artistiques. On distingue désormais difficilement entre les performances, la danse de Pina Bausch, le théâtre de Bob Wilson ou, plus ludiques, les défilés de mode. Autrement dit, le mot-clef – pour le bien ou pour le mal – est l’éclectisme.

Marina Abramovic

Sans doute l’artiste la plus célèbre dans le domaine de la performance, Marina Abramovic (née en 1946, en Serbie) met souvent en scène son propre corps, à tel point qu’elle peut être considérée comme l’une des pionnières de l’art corporel. Elle affirme être intéressée par l’art qui perturbe et qui explore la représentation du danger. Depuis 1973, ses performances ont été présentées partout dans le monde et elle a participé dès 1975 à la Biennale de Paris. Elle remporte le Lion d’or pour la meilleure installation à la Biennale de Venise de 1997. Sa performance la plus remarquée par le grand public et par les artistes, The Artist Is Present, a eu lieu en 2010 au MoMA. Pendant deux mois et demi, elle s’est installée pour un face-à-face silencieux avec les visiteurs, créant ainsi un moment de tension psychique exceptionnelle.


Ai Weiwei

Des artistes provocateurs, les trente dernières années en ont produit des douzaines. Mais les artistes provocateurs vivant dans un régime à parti unique, utilisant la censure et le contrôle de la liberté d’expression, restent rares. En adressant un doigt d’honneur à la Cité interdite, en gravant le logo de Coca-Cola sur un vase millénaire, Ai Weiwei (né en 1957) s’est fait connaître dans les années 1990 par des coups d’éclat. Mais sa pratique artistique ne se résume pas à ces bravades, ni à ses nombreuses prises de position à l’égard du régime chinois, ou de l’attentisme occidental. L’omniprésence des symboles et de l’histoire dans les matériaux qu’il choisit, sacralise et désacralise, donne à chacune de ses œuvres différentes strates de lecture, comme lorsqu’il utilise les débris de son atelier détruit par les autorités chinoises (Souvenir de Shanghaï, 2012).


Kader Attia

Héritier de la double culture franco-algérienne, Kader Attia (né en 1970) fonde son œuvre sur un travail de recherche qui se traduit par l’élaboration d’une notion centrale : la réparation. Faisant référence aux enjeux de décolonisation et de spoliation culturelle, ce concept post-traumatique se veut au cœur du principe même de civilisation. Dans ses installations, sculptures, vidéos, photographies, Kader Attia mêle les références de la même façon qu’il a recours à des matériaux enchevêtrés à l’image de la complexité socio-politique dont il veut rendre compte. En 2016 (l’année où il est lauréat du prix Marcel Duchamp), il crée à Paris un lieu consacré au partage d’idées et de connaissances : La Colonie, qui ferme en 2020.


Banksy

Originaire de Bristol, Banksy (né en 1974) fait son apparition dans le paysage artistique anglais au tournant du nouveau millénaire. Dans les salles des ventes et les médias, il s’affirme dès 2003 comme la figure de proue d’une scène en plein boom : le street art. Il offre un exemple chimiquement pur de tout ce que charrie alors cette subculture : prenant appui sur l’arrivée d’Internet, il s’affranchit des codes visuels du graffiti pour développer dans l’espace public un travail ambivalent, à la fois anti-establishment et savamment marketé. Seul ou en collectif (il est aussi volontiers commissaire d’exposition), toujours masqué, Banksy prétend ainsi défier le monde de l’art. Mais plus il fuit, plus on le suit. À force de coups d’éclat, il est devenu l’un des artistes les plus célèbres au monde, et aussi l’un des plus cotés sur le marché.


Georg Baselitz

L’œuvre de Georg Baselitz (né en 1938) est caractérisée par une peinture violente qui rejette l’harmonie et l’équilibre au profit de l’asymétrie et de l’exagération, ainsi que par une sculpture en bois rudimentaire, taillée à la hache. En 1969, l’artiste a inventé un procédé stylistique qui est devenu sa signature : le motif inversé, qui remet en question la lecture traditionnelle de l’image. Néo-fauve et figure emblématique de la peinture de la nouvelle Allemagne réunifiée, Baselitz multiplie les expositions dans les musées internationaux. Une rétrospective de son œuvre sculpturale a eu lieu au Musée d’art moderne de Paris en 2013-2014. En 2017, son Ouvrier pensant a été exposé aux côtés du Penseur d’Auguste Rodin dans l’exposition « Rodin. Le centenaire » au Grand Palais, en 2017.


Christian Boltanski

Les nombreuses réactions suscitées par le décès de Christian Boltanski (1944-2021) témoignent de l’importance et de la popularité de cet artiste, qui fut l’un des créateurs français les plus reconnus au monde. Dans une société obsédée par le désir de conserver les souvenirs, là où l’on pourrait penser que cet artiste cherche à ressusciter la mémoire, même de manière éphémère, c’est en réalité le processus de l’oubli qu’il met en exergue. À partir de 2000, il privilégie d’immenses installations, telles que Personnesà la Monumenta de 2010 ou Chanceà la Biennale de Venise de 2011. De plus en plus préoccupé par la mort – voir Les Dernières Années de CB (2009) en Australie –, sa dernière grande rétrospective au Centre Pompidou (2019-2020) porte un titre prémonitoire : « Faire son temps ».


Daniel Buren

Certes ses fameuses bandes, de 8,7 cm de largeur, datent du milieu des années 1960. Mais c’est surtout depuis une trentaine d’années, dans la foulée de la création de ses colonnes au Palais Royal en 1985, que Daniel Buren (né en 1938) a fait rayonner dans le monde entier son « outil visuel », selon sa propre définition de son concept. Il l’a même élargi au fil du temps avec un travail sur une mise en situation des couleurs et de la lumière, avec des jeux de miroirs ou de transparences. Avec toujours une même intelligence et une science de l’espace où il intervient, une maîtrise exemplaire et une capacité à faire de chacune de ses interventions in situ– son maître mot – un coup d’éclat.


Marlene Dumas

Il existe un style « Marlene Dumas » que l’on pourrait nommer expressionnisme distancié. L’œuvre est délibérément dépouillée : un visage, un corps, quelques couleurs, souvent délavées, épuisées ; une concentration drastique sur un petit nombre de motifs, une grammaire rude et ascétique. L’artiste, née en Afrique du Sud en 1953, reste marquée par l’injustice raciale de son pays natal. D’autres thèmes reviennent systématiquement dans son œuvre : la sexualité, la violence, la maladie, la mort. Ses figures pâles ne laissent jamais le spectateur indifférent. Quelques années après sa grande rétrospective à la Tate Modern en 2015, c’est au Palais Grassi à Venise qu’elle a exposé ses derniers travaux (2022-2023).


Ólafur Elíasson

L’artiste danois Ólafur Elíasson (né en 1967) s’est fait connaître du grand public avec son projet pour le Turbine Hall de la Tate Modern en 2003, intitulé The Weather Project. Avec cette spectaculaire installation, plus de deux millions de visiteurs ont été plongés dans un brouillard artificiel grâce à la présence d’humidificateurs. La nature, son pouvoir et ses effets sont les thèmes de prédilection de l’artiste, qui s’intéresse particulièrement aux effets de la lumière, de l’eau, de la pression atmosphérique, de la température, aux variations météorologiques et aux interférences de ces différents éléments avec le monde humain. Fin 2014, la Fondation Louis Vuitton a consacré son exposition inaugurale à son œuvre.


Nan Goldin

Quand s’organise en 1987 la projection de The Ballad of Sexual Dependency, la photographe américaine (née en 1953) est quasi inconnue en Europe. Cette projection a marqué le début de son succès. Cette chronique sans fard de son intimité et de celle de ses proches est devenue depuis une œuvre culte, que Nan Goldin a enrichie par la suite. Les autres créations liées à sa vie personnelle, à ses collaborations artistiques et à ses engagements pour de nombreuses causes (sida, féminisme…) ont contribué à renforcer sa renommée internationale. Toute la beauté et le sang versé de l’Américaine Laura Poitras, documentaire sur son itinéraire, Lion d’or à la Mostra de Venise en 2022, retrace son dernier combat contre les opioïdes aux États-Unis.


Damien Hirst

Dès ses débuts, Damien Hirst (né en 1965) a été baptisé l’enfant terrible des Young British Artists lancés par la galerie Saatchi en 1992. Depuis, avec des œuvres coups de poing – un requin ou une vache coupée en deux dans un aquarium rempli de formol – sur les thèmes de la vie et de la mort, il n’a cessé de faire sensation. En 2008, il aurait battu un record en vendant pour 100 millions de dollars [92 M€] un crâne en platine incrustée de milliers de diamants. L’année suivante, il organise une vente aux enchères de ses propres œuvres chez Sotheby’s pour court-circuiter le système des galeries. En grand maître d’une communication bien orchestrée, Damien Hirst reste, malgré les polémiques, l’un des artistes incontournables de ces trente dernières années.


David Hockney

Nonagénaire et dernier représentant de la génération du pop art, David Hockney (né en 1937) continue de séduire. Longtemps considéré comme un simple élégant illustrateur de l’univers feutré de Beverly Hills, il fait désormais partie de ces rares artistes qui accomplissent une mission quasi impossible : être reconnus par l’histoire de l’art – et accessoirement par le marché – tout en plaisant au grand public. Depuis une vingtaine d’années, Hockney a su se renouveler de façon étonnante. Ses expositions – notamment une rétrospective au Centre Pompidou en 2017, faisant suite à celle de la Tate Britain – mettent en avant sa fascination pour la photographie et la vidéo, ou encore pour les images générées à l’aide d’un large éventail de moyens technologiques récents, tels que les copieurs, les télécopieurs, l’iPhone et l’iPad.


Pierre Huyghe

En 1999, Pierre Huyghe (né en 1962) rachète avec Philippe Parreno les droits d’exploitation d’un personnage de manga, Ann Lee. Affranchie de la culture de masse, l’image animée est ensuite investie successivement par dix-huit artistes (No Ghost Just a Shell, 1999-2002). Conceptuelle et collaborative, cette initiative est emblématique d’une œuvre qui brouille les frontières entre la réalité et la fiction, et fait de Pierre Huyghe un des chefs de file de sa génération. Son travail, prisé des biennales internationales, se caractérise également par la reconstitution d’écosystèmes, notamment marins (série des « Zoodram ») et par ses visions dystopiques, comme avec le film (Untitled) Human Mask (2014) dans lequel il met en scène un singe, affublé d’un masque de théâtre nô, errant dans un restaurant des environs de Fukushima.


Anish Kapoor

Au cours des années 1990, la sculpture britannique connaît un renouveau. Mais alors que Tony Cragg ou Antony Gormley restent attachés à la figure sur piédestal, Anish Kapoor (né en 1954, en Inde) s’en détourne pour explorer le monumental et l’abstraction conceptuelle. Son nom seul résume l’inexorable inflation de la taille des œuvres dans le courant des années 2000, que ce soit pour remplir le Turbine Hall de la Tate Modern avec Marsyas en 2002, une forme ovoïde d’un rouge profond, ou la nef du Grand Palais, lors de la Monumenta 2011 d’un Léviathan gonflable culminant à 35 mètres. L’artiste s’est toujours défendu de mettre du sens dans ses œuvres – même lorsqu’elles font polémique, comme le Dirty Corner versaillais en 2015 – encourageant une approche purement sensorielle de son travail.


William Kentridge

Originaire d’Afrique du Sud, William Kentridge (né en 1955) est un artiste parmi les plus prolifiques des vingt dernières années. Dessinateur de premier plan, il est aussi graveur, sculpteur, cinéaste, acteur et metteur en scène. Toujours engagé socialement et politiquement, son travail demeure inséparable de ses racines. L’apartheid et le racisme sont des thématiques récurrentes qui imprègnent sa production artistique et trouvent un écho particulier à l’heure actuelle, alors que des mouvements contre le racisme se déploient à travers le monde. À la fin des années 1980, il a développé une technique cinématographique surnommée « l’animation du pauvre » et a créé des œuvres plastiques qui évoquent le théâtre d’ombres. Une exposition d’importance lui a été consacrée en 2020 au LaM de Villeneuve-d’Ascq.


Anselm Kiefer

Né en 1945, en Allemagne, Anselm Kiefer a grandi au milieu des ravages de la guerre moderne, du démembrement de son pays et de sa lutte pour renaître de ses cendres. Obsédé par la mémoire du nazisme et de ses horreurs, il tente de l’exorciser à travers une peinture très matérielle, associant sable, fleurs séchées, paille, graines de tournesol, cendres, bâtons brûlés ou livres de bronze… Originaire de Donaueschingen, lieu imprégné du mythe germanique des Nibelungen, Kiefer ne cesse de tenter de comprendre l’indicible. Toujours présent sur la scène artistique en France, où il réside, Kiefer a inauguré le programme « Monumenta » au Grand Palais avec un hommage à Paul Celan en 2017, et c’est à lui que l’on doit l’installation créée en 2020, au Panthéon, pour l’entrée de la dépouille de Maurice Genevoix.


Yayoi Kusama

Les pois caractéristiques du travail et des obsessions de Yayoi Kusama (née en 1929) ont envahi ses installations et ses tableaux dès le début des années 1960. Mais ils ont véritablement conquis le monde en devenant le motif des accessoires Louis Vuitton. La marque signe une première collaboration avec l’artiste en 2012. Alors que les « Infinity Room » de l’artiste japonaise, véritables pièges à selfies, la transforment en icône planétaire, une nouvelle collaboration donne lieu en 2023 à une campagne publicitaire et à une gamme de produits déclinant son univers psychédélique. Elle est une parfaite illustration de la capacité d’absorption par l’univers du luxe d’une œuvre d’avant-garde remixée selon les impératifs du marketing.


Jeff Koons

Le grand public découvre réellement Jeff Koons (né en 1955, aux États-Unis) lors de l’exposition « La Beauté en Avignon », en 2000, avec son Split-Rocker, une sculpture monumentale de 12 mètres de haut, composée de 100 000 fleurs. L’artiste enchaîne ensuite avec une exposition au château de Versailles en 2008-2009, une rétrospective au Centre Pompidou en 2014-2015 et l’installation de son « épineux » bouquet de tulipes derrière le Petit Palais en 2018. Ses emblématiques sculptures, notamment son Inflatable Rabbit ou ses Balloon Dogs ont fait de Koons l’un des artistes les plus célèbres au monde. Et sa notoriété va dépasser l’échelle de la planète puisque la fusée Falcon 9 d’Elon Musk vient de déposer sur la Lune 125 sculptures miniatures.


Paul McCarthy

Ayant exploré le registre de la satire et du grotesque (notamment à travers une série mettant en scène le président Bush sodomisant des cochons), Paul McCarthy (né en 1945, aux États-Unis) a fait du scandale sa marque de fabrique. Ses œuvres, à travers leur signification explicitement sexuelle, voire pornographique ou scatologique, sont devenues un indicateur des limites de l’acceptable dans l’espace public – ou de sa volonté de les atteindre. Si en 2001 son Santa Claus noir arborant un plug géant ne suscite aucune réaction outrée à Rotterdam, on se souvient du tollé déclenché en 2014 par Tree, sculpture gonflable ambiguë érigée place Vendôme, dans le cadre de la Fiac. L’artiste américain évoque Brancusi, mais l’œuvre, vandalisée, est dégonflée.


Gabriel Orozco

Né au Mexique en 1962 et apparu sur la scène internationale au début des années 1990, Gabriel Orozco s’inscrit dans une filiation avec l’art conceptuel des années 1970. Mais en rejetant la notion de nationalité et en adoptant un atelier nomade, il est surtout celui qui affirme être toujours ailleurs, libre de toute assignation. De sa sculpture DS, une voiture Citroën iconique découpée dans la longueur et présentée en 1993 à la galerie Chantal Crousel, à ses toiles récentes, compositions abstraites à la tempera et à la feuille d’or, des objets trouvés aux photographies de sportifs caviardées par des motifs circulaires, les œuvres de l’artiste semblent sans lien entre elles, si ce n’est la jubilation de créer de nouvelles formes.


Giuseppe Penone

Giuseppe Penone (né en 1947, en Italie) est aujourd’hui, avec Michelangelo Pistoletto, l’artiste le plus connu de ceux qui ont fondé, en 1969, le mouvement de l’Arte povera. Il le doit à la cohérence et à la force d’une démarche, en sculpture comme en dessin, qui le voit depuis ses débuts centrer son travail sur la nature et les rapports de l’homme avec elle. Tout son œuvre s’articule ainsi autour de la figure de l’arbre et du thème du corps, de la peau, de l’empreinte et en conséquence du temps. Celui qui est devenu membre de l’Académie des beaux-arts de Paris en 2022 est très présent sur le devant de la scène depuis de nombreuses années à travers de prestigieuses expositions nationales et internationales.


Laure Prouvost

En devenant la première – et à ce jour la seule – artiste française à recevoir le prix Turner en 2013, Laure Prouvost (née en 1978) – alors installée à Londres – a suscité la stupéfaction de ce côté-ci de la Manche. Précurseure dans l’art de mêler technologies numériques et artisanats traditionnels (comme la tapisserie et la céramique), la plasticienne était finalement tout indiquée pour représenter la France à la Biennale de Venise en 2019. Sans céder à la solennité de son rôle d’ambassadrice, elle a présenté dans le pavillon français un film retraçant un road trip fictionnel, volontairement imparfait, célébrant la mixité des cultures et des langues au sein d’une installation pensée comme un ressac (Vois ce bleu profond te fondre).


Gerhard Richter

Doyen des artistes allemands de l’après-guerre, Gerhard Richter (né en 1932) est depuis longtemps l’un des créateurs les plus renommés et les plus chers du monde. Il produit aussi bien des toiles figuratives floues que des monochromes souvent gris, des tableaux abstraits aux tonalités chatoyantes et ondoyantes, d’immenses nuanciers de couleurs, ainsi que des clichés partiellement recouverts de marques de frottage et de raclage. Il est impossible de lister toutes ses expositions (dont une rétrospective au Centre Pompidou en 2012). Son « nomadisme pictural » a influencé de nombreux artistes, et il est le sujet de L’Œuvre sans fin, le film de Florian Henckel von Donnersmarck, sorti au cinéma en 2018.


Cindy Sherman

Elle a fait du jeu de rôle un des paradigmes de l’art contemporain en prenant soin de ne jamais révéler son vrai visage, ni laisser un pan de la fabrication de l’image à un tiers : maquillage, vêtements, poses et décors sont de son seul ressort. Depuis ses débuts, la photographe américaine (née en 1954) incarne des stéréotypes de personnages féminins, voire masculins, véhiculés par la société, les médias, le cinéma, la mode ou l’art. Elle ne cherche pas à séduire, ni à se raconter, mais à troubler et générer des fictions en rejouant des archétypes et des codes de représentation de son époque. Ses dernières fictions formelles sur le vieillissement, ou le changement de genre, constituent une nouvelle galerie de portraits tout aussi troublants et fascinants.


Thomas Struth

Si l’on enlève le S majuscule au nom de Thomas Struth, on obtient la vérité, truth en anglais. La proximité n’est pas que sémantique : le photographe allemand (né en 1954) tente depuis quarante ans de « montrer les choses comme elles sont ». Avec Candida Höfer, il renouvelle la pratique allemande de la photographie comme répertoire de choses, qu’il doit à Bernd et Hilla Becher. Struth porte le même travail typologique et sériel qu’eux, sur des rues vides photographiées sans fard en noir et blanc, puis sur des portraits de familles, des scènes de musées cette fois en couleurs. Les tirages de grand format de ces scènes à la portée documentaire ont fait le succès de Struth dans les institutions, comme sur le marché. À contre-courant durant les années 2000, sa démarche trouve aujourd’hui écho dans la pratique de nombreux artistes.


Barthélémy Toguo

Le décor d’une ligne de tramway à Montpellier, une grande colonne de ballots sous la pyramide du Louvre pour évoquer les migrants disparus : en trente ans, Barthélémy Toguo est parvenu à un statut d’artiste officiel en France. Formé à Grenoble, puis à Düsseldorf, le plasticien camerounais (né en 1967) a fait de l’exil et des migrations le cœur de son récit artistique. Dès ses premières performances, il tente de passer les douanes aéroportuaires avec des valises en bois. Cette approche humoristique et poétique de la violence des migrations a séduit les institutions européennes, qui l’ont largement exposé depuis « The Sick Opera » au Palais de Tokyo (2004). Dans son pays natal, il mène un travail militant en relocalisant l’activité de diffusion artistique, avec la création du centre culturel Bandjoun Station en 2008, et le Yakandi Art Center qui ouvrira en 2025.


Lee Ufan

La carrière de Lee Ufan (né en 1936 en Corée du Sud) a vraiment décollé avec sa rétrospective au Jeu de paume en 1997. Dès lors, vont suivre d’importantes expositions dans les plus prestigieux musées et institutions du monde : la Biennale de Venise en 2007, le Guggenheim de New York en 2011, le château de Versailles en 2014, la Hamburger Bahnhof de Berlin jusqu’au 28 avril. La création de ses propres musées (notamment sur l’île de Naoshima au Japon) et fondations (à Arles) contribue à faire connaître son geste et son souffle en peinture, ainsi que sa théorie du « fait et du non-fait » en sculpture, et à faire de lui l’artiste coréen – et même asiatique – vivant le plus connu et l’une des stars du marché international.


Bill Viola

Considéré comme l’un des pionniers de l’art vidéo, Bill Viola (né 1951, aux États-Unis) en est devenu le plus célèbre représentant. Films vidéo, installations, environnements sonores ou performances de musique électronique dans les plus grands musées du monde, ou créations pour des opéras ou des lieux sacrés : la puissance symbolique et mythique de ses œuvres questionnant la vie et la mort, la relation entre l’homme, la nature et les éléments marquent les esprits. Certaines de ses créations sont devenues des classiques telle que Fire Woman (2005), silhouette féminine se dressant devant un mur de flammes avant de tomber dans son propre reflet.


Kara Walker

Cette artiste plasticienne afro-américaine, née en 1969, demeure encore relativement peu connue en France. Elle est identifiée aux États-Unis pour son utilisation de la technique des silhouettes, qui a vu le jour au XVIe siècle et s’est développée au XVIIIe. Walker s’inspire également des panoramas et cycloramas du XIXe siècle, des gravures de Francisco de Goya, ainsi que de la pseudo-science de la physiognomonie. À travers des scènes provocatrices réalisées avec une grande finesse, Walker aborde le racisme, la sexualité et la violence. Depuis 1994, ses installations composées de figures à taille humaine s’étendent sur de larges murs, à la manière de fresques. Son œuvre est également prolongé par des films d’animation.


Jeff Wall

Le Canadien a renouvelé la représentation du réel en photographie. La minutie de la préparation de chaque image, le caisson lumineux choisi un temps pour cadre de ses grands tableaux et le peu de photographies réalisées chaque année ont fait école. Son regard sur la société continue à produire des images perturbantes et complexes. Connu aussi pour ses écrits théoriques et son enseignement, Jeff Wall (né en 1946), en posant la notion de cinématographie comme modèle essentiel de son activité photographique, a revendiqué très tôt que chaque image, à l’instar de chaque film, naissait de références à chaque fois différentes. Pas une qui ne produise du sens et en même temps un trouble, un mystère suscitant une multitude de lectures.

Notices rédigées par Christine Coste, Henri-François Debailleux, Itzhak Goldberg, Sindbad Hammache, Stéphanie Lemoine et Anne-Cécile Sanchez.

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Cet article a été publié dans Le Journal des Arts n°630 du 29 mars 2024, avec le titre suivant : 30 artistes qui ont marqué la scène internationale

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